Par l’entremise du ministère de la Santé, le gouvernement vient de signer un accord-cadre avec l’Assistance publique hôpitaux de Paris (AP-HP) et les centres hospitaliers universitaires du centre et de l’ouest de la France. But : assurer un niveau d’activités chirurgicales et médicales suffisant pour l’amélioration de l’offre de soins des établissements sanitaires du pays. Les contours de cette coopération hospitalière et sanitaire Gabon-France avec le docteur Wenceslas Yaba, le directeur général adjoint 2 du Centre hospitalier universitaire de Libreville, et coordonnateur général dudit projet.

Le directeur général adjoint 2 du Centre hospitalier universitaire de Libreville, et coordonnateur général dudit projet, le docteur Wenceslas Yaba. © Gabonreview

Le directeur général adjoint 2 du Centre hospitalier universitaire de Libreville, et coordonnateur général dudit projet, le docteur Wenceslas Yaba. © Gabonreview

 

Gabonreview : Cinq mois bientôt que le gouvernement gabonais et l’Assistance publique des hôpitaux de Paris collaborent autour du projet de coopération hospitalière et sanitaire Gabon-France. De quoi retourne-t-il ?

Wenceslas Yaba : Je tiens à remercier les plus hautes autorités de notre pays qui permettent cette coopération pluridimensionnelle qui concerne plusieurs accords. C’est pour cela d’ailleurs, qu’il y a eu la création de la Coordination générale à la coopération hospitalière entre le Gabon et la France. C’est le premier en Afrique subsaharienne. L’accord porte sur plusieurs volets. Je vous citerai ce qui s’est déjà fait et ce qui se fait actuellement. Ce qui se fera, on en parlera prochainement.

Ce qui se fait, c’est la formation des médecins, des paramédicaux. En ce qui concerne les médecins, il s’agit des médecins associés qui vont en France pour une période limitée pour apprendre des gestes, les bonnes pratiques cliniques, les nouvelles techniques sur des pathologies qui sont récurrentes au Gabon. C’est une façon intelligente de favoriser rapidement l’amélioration de l’état de santé de nos patients, que de faire étudier des spécialités à des médecins généralistes, ce qui nécessitera cinq années de formation. Or, là c’est 3 à 4 mois, la personne revient et est opérationnelle, fait marcher les plateaux techniques neufs que le chef de l’État a judicieusement mis à la portée des médecins et paramédicaux Gabonais.

Pour la formation des paramédicaux, il y a 31 personnes qui vont en France pour apprendre de l’infirmerie de bloc, l’infirmerie de stérilisation, l’infirmerie d’urgence, la maternité, l’amélioration des techniques de sage-femme.

Le deuxième aspect concerne le matériel médical. Nous avons des CHUL neufs qui ont de très bons matériels. La France met à notre disposition des techniciens qui viennent pour former. Elle met aussi à notre disposition du matériel médical. Ils ont envoyé deux containers de 40 pieds. Ce qui a permis que le service de néonatologie qui avait un nombre très réduit de couveuses, se retrouve avec six couveuses supplémentaires maintenant. C’est une victoire parce qu’on a 1000 accouchements par mois ici et on a beaucoup d’enfants qui nécessitent d’être sous couveuse. Il y a eu également des tables radiantes, des échographes et plusieurs autres choses.

Le troisième aspect important concerne la stratégie. Dans ce cadre, des hautes autorités sanitaires françaises sont arrivées ici au Gabon à sept reprises avec l’injonction du vice-Premier ministre en charge de la Santé, Paul Biyoghé Mba, pour la réalisation de deux rapports retentissants et 80 recommandations sur l’amélioration des quatre CHU du pays.

Combien coûtera à l’État l’assistance française ?

La France, sur ce projet, est d’une mansuétude incommensurable. L’accord-cadre a été signé le 26 mai. Entre octobre et le 26 mai, il y avait déjà eu 8 missions françaises qui sont venues ici, qui ne nous ont pas facturé grande chose. C’est-à-dire qu’il fallait quand même prendre en charge leur billet d’avion, leur hébergement et restauration. Il n’y a pas de quote-part pour l’instant de la partie française. De même qu’on ne va pas demander au gouvernement français de puiser dans son budget pour former nos personnels. C’est nous qui les logeons, qui les transportons et ce n’est qu’à partir du mois de novembre et décembre prochains que la partie française nous donnera une cotation pour le fonctionnement des services. Chaque Gabonais qui va en France a un tuteur sur place, qui prend tout son temps de travail pour le former. Quand ils nous envoient du matériel médical, ce sont des équipes d’ingénieurs biomédicaux qui les conditionnent, qui les empaquettent pour nous ; il faut bien que ces personnes-là soient rémunérées pour leurs heures supplémentaires, mais cela est résiduel.

Pour ce qui se fait déjà dans le cadre de cet accord-cadre, combien de Gabonais sont attendus en France et qu’elle est la durée de leur formation ?

Il y a quatre groupes. En ce qui concerne les paramédicaux (infirmier, infirmier assistant, sage-femme, major et technicien de radiologie), 22 personnes sont déjà parties. Lundi 3 octobre, il y a 17 personnes qui vont atterrir à Paris le matin et commenceront le travail dans l’après-midi.

En ce qui concerne les médecins, nous avons obtenu quelque chose d’extraordinaire. En France quand vous êtes médecin non européen avec une thèse de doctorat en médecine non européenne, vous ne pouvez pas faire la spécialité ou exercer dans les conditions les plus faciles. Nous avons obtenu un modus operandi avec trois CHU, par d’autres accords qui permettent que huit médecins vont être reçus au 1er novembre au CHRU Trousseau de Tours, CHRU Bretonneau, CHU Nantes, CHU d’Angers. Ces médecins feront des spécialités rares (la chirurgie maxillo-faciale, la radiologie interventionnelle, la néphrologie, la rhumatologie et deux médecins d’urgence). Ça c’est pour les études à longue durée.

Concernant les médecins associés, il y en a 16. Ils y vont pour 12 semaines ou 24 semaines pour les spécialités ciblées en relation avec nos problèmes ici. Nous n’allons pas aller former des gens pour des pathologies qui ne sont pas présentes dans notre pays et dont nous ne souhaitons pas l’arrivée. C’est un perfectionnement et un renforcement de capacité, parce que beaucoup n’ont pas eu l’occasion de pratiquer après leurs études, les plateaux techniques n’étaient pas disponibles ou les formations initiales étaient incomplètes.

Sur quelle durée porte cet accord-cadre entre la France et le Gabon sur la coopération hospitalière et sanitaire ? Est-il renouvelable ?

Un accord-cadre dure 3 à 4 ans, renouvelable d’accord parties. Chaque année nous faisons un point annuel, soit à Libreville, soit à Paris. Nous avons trois accords-cadres avec plusieurs groupements hospitaliers. Le principal accord et le plus grand, le plus détaillé et le plus bénéfique est celui signé avec l’Assistance publique des hôpitaux de Paris que je remercie tout en remerciant son directeur général, Martin Hirsch, qui était sur place au Gabon.

Quelque chose de plus à dire ?

Je tiens dans un contexte très difficile que nous traversons avec la chute des cours du baril de pétrole, à remercier la lucidité exceptionnelle du chef de l’État. Ce genre de projet ne peut fonctionner que si toutes les composantes de l’État sont en synergie. On peut avoir de bonnes idées comme je les ai eues, on peut avoir toute l’énergie nécessaire, les autorités doivent être derrière vous. Je tiens à remercier le maitre d’oeuvre, monsieur Paul Biyoghé Mba, qui dans un temps très court a accompagné la coordination, est allé à Paris signer l’accord-cadre avec Martin Hirsch. Mais également toutes les composantes sanitaires et hospitalières qui m’entourent et entourent ce projet.