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ENTETEMENT DU VIEUX LEADER ZIMBABWEEN : Mugabe ou le syndrome Bourguiba

ENTETEMENT DU VIEUX LEADER ZIMBABWEEN : Mugabe ou le syndrome Bourguiba

Au Zimbabwe, six jours après le coup de force de l’armée, Robert Mugabe fait dans la résistance. En effet, le 19 novembre dernier, alors que son départ semblait acquis, le nonagénaire chef d’Etat a surpris tout le monde, par l’une de ces pirouettes dont lui seul a le secret. Ce jour-là, dans son adresse télévisée à la nation,  alors que sa démission était des plus attendues, c’est un Mugabe, entouré de toute la hiérarchie militaire, qui a pratiquement dribblé son auditoire en ne pipant mot de ce que tout le monde attendait qu’il prononçât, et qui devait être l’épilogue du bras de fer qui l’oppose depuis une semaine à la Grande muette qui veut le pousser doucement vers la porte de sortie sans que cela ait les allures d’un coup d’Etat. Preuve si besoin en était, que le vieux combattant semble décidé à vendre chèrement sa peau et n’entend pas céder facilement à la pression de ceux qui veulent mettre brusquement fin à ses trente-sept ans de pouvoir. Pour rappel, la pomme de discorde entre le président zimbabwéen et son armée, est  la dévolution conjugale du pouvoir à laquelle ce dernier a voulu céder en évinçant le vice-président Emmerson Mnangagwa dont le poste était convoité par sa tendre épouse, Grace.

Mugabe risque de connaître le même sort que le président tunisien

Mais c’était compter sans la vigilance de ses anciens compagnons de lutte qui ne voyaient pas d’un bon œil que cette « intruse », qui n’a pas forcément été de leur combat, vienne usurper ce prestigieux poste qui devrait lui ouvrir les portes de la succession du vieux président. Depuis lors, le chef de l’Etat est assigné en résidence surveillée et des négociations ont été ouvertes pour lui permettre de partir sans fracas en préservant sa dignité. Mais le président Mugabe, qui ne veut certainement pas rendre les armes et qui a visiblement plus d’un tour dans son sac, joue la montre mais aussi avec les nerfs de ses contempteurs dans l’espoir de les pousser à la faute ou en attendant un hypothétique soutien de la Communauté internationale, notamment de la SADEC qui doit se réunir à cet effet, mais aussi de l’Union africaine (UA) dont le président s’est clairement prononcé contre un coup d’Etat. Pendant ce temps, de nombreuses voix au sein du peuple, à l’Assemblée nationale,  au sein des vétérans de la guerre d’indépendance et même de son propre parti, s’élèvent pour demander son départ du pouvoir. Démis de la tête  de la Zanu-PF, le parti au pouvoir, Mugabe avait jusqu’à hier midi pour rendre sa démission. Mais ignorant royalement cet ultimatum, le vieux a ouvert contre lui la procédure de destitution par le Parlement qui se réunit, du reste, ce 21 novembre et qui devrait immanquablement aborder le sujet. Mugabe risque donc, au meilleur des cas, de se faire débarquer à la Bourguiba. Comme l’ex-chef d’Etat tunisien, personne ne voudrait certainement l’humilier, au regard de ses hauts faits d’armes pour la nation. Mais s’il n’a pas la lucidité de comprendre que c’est la fin de sa puissance et en tirer les décisions de sagesse qui devraient l’amener  à se retirer « tranquilos », Mugabe risque fort de connaître le même sort que le président tunisien qui, jusqu’à sa mort, continuait de se déclarer président de son pays, alors même qu’il avait été victime d’une révolution de palais qui l’avait complètement dépouillé de tous ses pouvoirs.

Le processus de sa destitution semble désormais irréversible

En tout état de cause, Mugabe est certainement conscient que les textes, au niveau continental, joueraient en sa faveur s’il devait faire l’objet d’un coup d’Etat déclaré comme tel. Mais ses adversaires en sont aussi conscients, et tout porte à croire que c’est la raison pour laquelle ils ne veulent pas se mettre en porte-à-faux avec les textes communautaires pour ne pas être mis au ban des nations, avec les éventuelles sanctions qui s’en suivraient. Comme le dit le proverbe, « tout le monde connaît le nom de la grand-mère, mais personne ne veut le prononcer». Dans le cas zimbabwéen, tout le monde sait que c’est un coup d’Etat, mais personne, pas même ses initiateurs, ne semble vouloir le considérer comme tel, chacun préférant attendre sans doute la manière dont Mugabe serait débarqué sans trop écorner son image. C’est dire si les uns et les autres pensent qu’après trente-six ans de règne, il est temps pour le  vieux de passer la main. Mais s’il ne veut pas jouer le jeu, il risque fort de se retrouver dans une situation bien embarrassante. Car, le processus de sa destitution semble désormais irréversible. D’autant plus que Mugabe est lâché de toutes parts, par un peuple qui s’agace de le voir jouer les prolongations à la tête de l’Etat. Mais peut-être monte-t-il simplement les enchères pour arracher le maximum de garanties avant son départ. En tout état de cause, l’on espère que la position de la SADEC ne viendra pas jeter de l’huile sur le feu, en ajoutant une difficulté supplémentaire à une situation déjà bien complexe. Cela dit, le peuple zimbabwéen sait désormais qu’il a son destin en main. Et si par extraordinaire la procédure d’impeachment échouait au Parlement, il ne resterait plus à la Grande muette qu’à ouvrir les portes du palais présidentiel au peuple qui se chargerait lui-même de retirer à Mugabe, le pouvoir qu’il lui avait confié. Les dés sont donc jetés.

« Le Pays »


Avec lepays.bf

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