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Edito : Bonnet blanc, blanc bonnet ?

Le Gabon est de plus en plus l’un des pays qui suscite la curiosité de l’observateur. Non pas par des frasques en tant que tel, mais parce qu’il ne cesse de s’illustrer, même si certains éprouvent du grand mal à le dénoncer, par des habitudes d’un autre âge. Il en est ainsi de l’implication des syndicalistes auprès des politiques, dire que le rôle des uns et des autres est différent, peut-être, soutiendra-t-on, complémentaire sur quelques spécificités. Comment alors ne pas s’interroger sur ce que viennent faire les uns chez les autres et les autres sur un champ qui ne devrait pas leur être familier.

 

Faire de la politique au sens où l’entendait Aristote et où l’entendent d’ailleurs ceux chez qui la morale revêt encore une certaine importance ou une importance certaine, c’est du mieux que l’on peut dit grossièrement, satisfaire les besoins des populations. Etre syndicaliste, c’est grosso-modo défendre les intérêts d’une corporation. A première vue donc, les deux activités n’ont rien en commun, sauf que l’une peut s’appuyer sur l’autre pour magnifier et donner de l’envergure à son action. Toute collusion entretenue est donc perçue comme fausse note.

 

Or, de plus en plus de syndicalistes gabonais choisissent cette voie pour en faire un tremplin devant leur assurer la prospérité. Qu’avancer sur des personnalités comme Samuel Ngoua Ngou ou Christiane Bitougat et dans une moindre mesure comme Aminata Nzong Mba, tous syndicalistes corrompus qui se sont vus récompensés, même si on ne le clame pas haut et fort, pour avoir mis en péril des actions qui s’avéraient nuisibles pour le politique et rehausser son crédit entamé auprès des populations, condamnant du coup leurs camarades à subir le dictat de ce dernier, tant les décisions impopulaires prises en violation de la loi portent bien à ce qualificatif.

 

A quoi servirait-il alors d’organiser des structures syndicales si c’est pour qu’elles soient par la suite inféodées au pouvoir et pour qu’elle le serve donc, quitte à ce que ceux qui jouent le jeu dudit pouvoir soient récompensés d’une manière ou d’une autre en obtenant de lui des fonctions importantes dans l’appareil d’Etat ou de l’argent ? Si l’on veut que le politique se mêle de tout, pourquoi ne pas alors lui en donner la latitude en lui octroyant les pleins pouvoirs et dépouillant les syndicats des leurs ? Que deviendrait un pays sans contre-pouvoir qui fait qu’il y ait des limites à l’action du politique qui, quand il en accumule, en dispose parfois et même assez souvent de manière très arbitraire ? Veut-on nous faire croire que des secteurs aussi vitaux que la Santé, l’Education et la Communication peuvent sans en manifester le dégoût s’accommoder longtemps d’une telle gouvernance et d’une telle duperie qui ne profite qu’à des minorités et pas au grand nombre ?

 

Il est plus que jamais temps que les choses évoluent dans le sens de la liberté et de la compréhension, pourvu que chacun fasse ce pourquoi il a été choisi par la base, les vaches, comme on le dit, ne seront que trop bien gardées. Mais pour ce faire, il est demandé aux syndicalistes de ne plus guère se prêter au jeu du politique qui, s’il est incapable de s’assumer et d’assumer ses tâches, doit, comme l’avançait le général de Gaulle, « quitter les choses avant qu’elles ne le quittent ». Ce pour dire que lorsque l’on s’embarque en politique, il faut savoir que nos charges régaliennes et quotidiennes consistent à satisfaire les besoins primaires des populations citoyennes et qu’il nous est imposé par contre de ne pas nous immiscer dans les affaires concernant les corporations, sauf quand il s’agit d’y trouver des solutions aux problèmes ou encore quand nous sommes invités à prendre part à une activité syndicale.

 

Aussi longtemps que les syndicalistes seront les complices du pouvoir, ils se mettront un couteau dans le ventre et seront condamnés à voir leurs revendications pourtant nobles étouffées dans l’œuf à la grande satisfaction du politique qui a intérêt à ce que sa vision soit partagée, même lorsqu’elle est le fruit d’une mauvaise réflexion.

 


Avec Gabon Eco/Dounguenzolou
08/01/2018

 

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